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Un élevage d’Antherina suraka (Boisduval, 1833) (Lepidoptera, Saturniidae)

Antherina suraka (Boisduval, 1833), mâle. Photo : Xavier Mérit

Un élevage d’Antherina suraka (Boisduval, 1833) (Lepidoptera, Saturniidae)

par Xavier MÉRIT

Antherina suraka est une belle espèce de Saturniidae, endémique de Madagascar et des Comores.
À Madagascar, vole la sous-espèce suraka et dans les Comores – plus spécifiquement à Mayotte – A. suraka est représenté par la sous-espèce comorana, Viette 1965, un peu moins marquée et peu différenciée.

À Madagascar, A. suraka vole aussi bien dans les forêts humides que dans les steppes sèches.

De nombreux blogs décrivent succinctement les diverses étapes larvaires. Nous tenterons ici d’être un peu plus exhaustif. Il est communément admis que A. suraka est une espèce facile à élever, se nourrissant principalement de Troène du Japon ou de Laurier rose. L’élevage ne pose aucune difficulté, les chenilles sont grégaires, un nettoyage des boites régulier restant nécessaire.

Plantes-hôtes

Comme indiqué, la plupart des élevages se font sur le Laurier rose (Nerium oleander) ou le Troène (Ligustrum japonicum, Ligustrum ovalifolium, Ligustrum vulgare), mais aussi sur beaucoup d’autres espèces telles que Crataegus, Eugenia, Fagus, Liquidambar, Maesa, Salix, Schinus, Strophanthus, Vitis vinifera ... Les arbres fruitiers sont aussi de bons hôtes tel le Cerisier. Le chou a même été cité comme possible plante-hôte.

L’élevage des chenilles depuis l’œuf

Les conditions d’élevage idéales pour cette espèce tropicale seraient 27°C et environ 80% d’hygrométrie, conditions quasiment impossibles à avoir dans nos contrées tempérées hormis en été.

L’élevage décrit ici a été réalisé d’octobre jusqu’à février, soit environ 16°C la nuit, 19°C le jour et 45-30% d’hygrométrie, d’où la nécessité d’un apport de nourriture fraîche régulier et vaporisation des cocons.

De couleur brune, l’œuf est ovoïde et mesure environ deux millimètres de diamètre.

 

Fig. 01a. – Antherina suraka (Boisduval, 1833), oeufs. Photo : Xavier Mérit
Fig. 01b. – Antherina suraka (Boisduval, 1833), oeufs. Photo : Xavier Mérit

 

Dans les conditions d’élevage, l’incubation dure environ 8-10 jours, les chenillettes au premier stade sont noires avec des verrues orangées et mesurent environ 7 millimètres.

Fig. 02. – Antherina suraka (Boisduval, 1833), chenille en L1. Photo : Xavier Mérit

 

Au deuxième stade, le dos de la chenille s’éclaircit un peu pour devenir brunâtre.

Fig. 03. – Antherina suraka (Boisduval, 1833), chenilles en L1 et L2. Photo : Xavier Mérit

 

Dès le troisième stade, le dos de la chenille devient jaune, les verrues restent jaunes.

Fig. 04. – A. suraka, chenilles L2 et L3 – Photo : Xavier Mérit
Fig. 05. – A. suraka, chenilles L2 en L3 – Photo : Xavier Mérit
Fig. 06. – A. suraka : chenille mue L2 en L3 – Photo : Xavier Mérit

 

Au quatrième et avant dernier stade, la chenille devient verte avec les verrues rouges.

Fig. 07. – A. suraka : chenilles L3 et L4 – Photo : Xavier Mérit
Fig 08. – A. suraka : chenilles L2, L3 et L4 – Photo Xavier Mérit

 

 

Au cinquième et dernier stade, la chenille reste verte toujours avec les verrues rouges et développe des pigments noirs autour des stigmates. Elle mesure 7 à 9 centimètres.

Fig. 09. – A. suraka : chenille L5 – Photo : Xavier Mérit

 

Peu avant de tisser son cocon, la chenille change légèrement de couleur et développe des anneaux bleuâtres à violacés.

Fig. 10. – A. suraka : chenille L5 en pré-nymphose – Photo : Xavier Mérit

 

Les cocons, bien que résistants sont tissés très grossièrement au milieu des branchettes et papier à même le sol, peu sont aériens. La soie initialement blanche, devient brune une fois mouillée.

Fig. 11. – A. suraka : chenille L5 en pré-nymphose – Photo : Xavier Mérit

 

La chenille met environ cinq jours entre le début du tissage de son cocon et la chrysalidation complète. La pupe mesure entre 3 et 5 centimètres. À ce stade, le sexage des chrysalides est extrêmement difficile voire impossible.

Fig. 12. – A. suraka : cocon, chrysalide et exuvie – Photo : Xavier Mérit

 

Les adultes, reproduction et comportements

Les premiers adultes émergent une quarantaine de jours après la chrysalidation. Ils ne se nourrissent pas et vivent un peu plus d’une semaine. Les mâles émergent plutôt le soir, les femelles le matin.

Fig. 13. – A. suraka, femelle – Photo : Xavier Mérit
Fig. 14. – A. suraka, femelle – Photo : Xavier Mérit
Fig. 15. – A. suraka, mâle – Photo : Xavier Mérit

 

Les adultes ont deux comportements intéressants : d’une part les deux sexes positionnent leur abdomen vers la gauche, ceci systématiquement et lorsqu’on les dérangent ils bougent les ailes afin de dévoiler les deux ocelles des ailes postérieures pour effrayer d’éventuels prédateurs.

 

 

L’accouplement se déroule sans problème – hormis chez les individus âgés – et dure entre 14-16 heures. La femelle fécondée pond dès le jour même et ce jusqu’à sa mort. Elle peut pondre au moins 200 œufs.

Fig. 16. – A. suraka : accouplement – Photo : Xavier Mérit
Fig. 17. – A. suraka : ponte – Photo : Xavier Mérit

 

Conclusion

L’élevage d’Antherina suraka se révèle aisé, avec peu de contraintes. Il est parfait pour un débutant. Dans des conditions climatiques peu idoines (19°C, 40% hygrométrie) la durée du cycle larvaire est d’environ deux mois, soit le double des conditions tropicales optimales. De même, le temps de pupation est presque doublé lui aussi pour dépasser 40 jours.

Références bibliographiques

• Albano, P.-O. (1992), Un élevage d’Antherina suraka Boiduval (Lepidoptera Attacidae).
Insectes, 87 (4) : 15.

• Randrianandrasana, M., Berlocher, S. H., Rougerie, R., & Berenbaum, M. R. (2016), Intraspecific Variation in Antherina suraka (Lepidoptera: Saturniidae), an Endemic Resident of Endangered Forests in Madagascar. Annals of the Entomological Society of America, 109 (3), 384-395. DOI: 10.1093/aesa/saw006

 

Quelques liens internet

Élevage, photos :

Antherina suraka

Antherina suraka – « Madagascar bullseye »

Un élevage d’Antherina suraka

 

Nomenclature

African Moths : Antherina suraka

Saturniidae World : Antherina suraka

Saturniidae World : Antherina suraka comorana

 

Vidéo : le comportement défensif

 

3 réponses

  1. Jean-Marc Gayman
    |

    Une question : les poils des chenilles d’A. suraka sont-ils urticants ? Faut-il observer des précautions dans la manipulation de ces bestioles ? Visiblement, l’éleveur et photographe a survécu !

  2. Xavier
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    Bonjour,
    Au contraire des espèces du genre Automeris, les poils et verrues sont sans danger.
    Xavier

  3. Mike
    |

    This is terrific! I never saw such a fullset for an ‘easy species’.
    Well done! M. –

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