» » L’élevage des Lycaenidae : conseils élémentaires

L’élevage des Lycaenidae : conseils élémentaires

L’élevage des Lycaenidae est fréquemment présenté comme une gageure, et celui qui s’y engagerait s’exposerait à bien des obstacles. Parmi les plus fameux on relèvera pèle mêle, la difficulté d’obtenir des pontes, la myrmécophylie des chenilles, leurs tendances cannibales, les difficultés liées à la diapause, la fragilité des œufs et des chenilles, le manque de connaissance sur les plantes hôtes et des possibilités de substitution.

Il y a incontestablement du vrai dans tout ce cela, mais il faut tempérer.
Peu de chenilles sont “myrmécophiles strictes”. C’est à dire que seules quelques espèces exigent une fourmilière pour mener à bien l’élevage (Maculinea essentiellement). Certes, la présence des fourmis permet souvent de maintenir la bonne santé de l’élevage. Toutefois, leur absence ne signifie pas que l’élevage soit irréalisable. Les déboires de l’hivernage peuvent être déjoués.
Enfin, quelques conseils permettent d’obtenir aisément de belles pontes.

Ainsi, aux cages traditionnelles on préfèrera de petites boites en plastiques – 25*10*5cm – dont le couvercle sera aménagé avec une petite gaze afin de permettre une circulation d’air. Le dispositif permettra d’obtenir de bien meilleurs résultats, même avec des espèces réputées difficiles. La manipulation des œufs est aisée, dès l’instant que ceux-ci ont durci durant deux ou trois jours à l’air libre. Avec un peu de doigté, ils se décrochent facilement de leur support et peuvent être placés dans des petits godets en plastique pour accélérer l’incubation ou faciliter l’hivernage selon les espèces. Une fois, les chenilles néonates éclosent, l’emploi d’un pinceau souple et fin (forme rond pointu – poil de martre) permettra de les manipuler sans difficulté et sans dégât. On pourra alors les placer soit sur la plante hôte, soit dans des petites boites en plastique (8*4*1,5cm) hermétiques. La dernière alternative permet les élevages en appartement et limite les risques de maladies cryptogamiques. Par contre, elle exige plus de soins, et donc plus de temps. En effet, dans ces conditions la nourriture doit être changée quotidiennement, voire deux fois par jour durant les derniers stades. De plus, il faut prendre soin de disposer un peu de papier absorbant au fond la boite pour éviter l’excès d’humidité et accélérer la dessiccation des déjections, ce qui limite le développement éventuel de mycoses.

Au vu de ce qui vient d’être dit, l’apport régulier de nourriture fraîche et en quantité suffisante apparaît clairement comme un élément capital. D’autant qu’il préserve de la survenance du cannibalisme. Il est par conséquent fondamental de pouvoir disposer d’une manière ou d’une autre d’une source d’approvisionnement à proximité du lieu d’élevage. C’est une des difficultés de l’élevage des Lycaenidae. Contrairement à d’autres Lépidoptères, les possibilités de substitution sont fort mal connues, les plantes hôtes de nombreuses espèces ne sont pas encore identifiées et certaines espèces prétendument polyphages sont en réalité inféodées à leur plante locale (Cf. T. ballus). En cette matière le travail à accomplir est immense, mais tout à fait essentiel. Tout spécialement, car notre expérience récente tend à démontrer que des plantes de substitution facilement accessibles existent et surtout que la nourriture à des effets inattendus sur le succès de l’élevage des espèces très myrmécophiles (P. argus, L. idas, etc.). Observations qui amènent à envisager sous un autre angle la question du mutualisme entre fourmis et chenilles de Lycaenidae. Mais c’est une autre histoire que nous compterons prochainement dans les lignes de la Revue des Lépidoptéristes de France.

Yvan Diringer

 

Larve de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

Larve de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

Nymphe de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

Nymphe de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

Imago de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

Imago de Plebeius argus DENIS & SCHIFFERMÜLLER, 1775. Photo : Yvan Diringer

 

Chenille en L5 de Polyommatus escheri turatii VERITY, 1919. – Photo Y. Diringer

Émergence de Polyommatus escheri turatii VERITY, 1919. Photo : Y. Diringer

Émergence de Polyommatus escheri turatii VERITY, 1919. Photo : Y. Diringer

Femelle de Polyommatus escheri turatii f. subapennina TURATI, 1903. Photo : Y. Diringer

Femelle de Polyommatus escheri turatii f. subapennina TURATI, 1903. Photo : Y. Diringer

 

Répondre