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Transport et conservation des spécimens du lieu de chasse à l’étaloir

Par  Jean-François Charmeux

Nous présentons deux méthodes, la première pour des papillons séchés, la seconde pour des lépidoptères que l’on souhaite garder « frais » pour l’étalage.

On notera au préalable

– qu’il faut proscrire l’introduction de feuilles d’arbres ou d’autres substances humidifiées (rondelles de carottes, de pommes de terre, etc.) dans la boîte de stockage : elle accélère l’apparition des moisissures et accroît le risque de pourrissement. L’ajout de feuillage n’est justifié qu’en prévision d’un étalage sur place à 24 ou 48 h.

– Les boîtes seront hermétiques et/ou placées hors de portée des fourmis. Lors de l’aération de la boîte (voir méthode 1.), il faudra toujours se méfier d’une invasion de fourmis capables d’envahir la boîte et de ravager irrémédiablement les papillons en moins de quelques heures.

Méthode 1 : conservation des spécimens à sécher

La conservation s’opère en pochettes de papier cristal rangées dans une boîte hermétique. Les bêtes devant sécher, il faut aérer les pochettes remplies les premiers jours (sans sortir les bêtes des pochettes cristal) en ouvrant le couvercle de la boîte le soir, le temps du dîner. Gare alors aux fourmis !

Les recommandations de Bernard Turlin affinent la méthode : elles réduisent le nombre de pochettes, interdisent moisissure et pourrissement, calent confortablement les spécimens et évitent les risques de bris d’antennes pendant les voyages chaotiques. Nous l’illustrons par quelques photos.

Matériel à préparer avant le voyage :

1. Boîte de stockage (boîte alimentaire blanche à couvercle bleu, Monoprix) : 21 cm x 15 cm, hauteur 10 cm

1. Boîte de stockage (boîte alimentaire blanche à couvercle bleu, Monoprix) : 21 cm x 15 cm, hauteur 10 cm

1. Une boîte de stockage parallélépipédique (du type Monoprix 21 x 15 x 10 cm). (fig. 1)
2. Des pochettes en papier cristal (6 x 10 cm). (fig. 2)
3. Des feuilles de papier hygiénique découpées (5,7 x 9,7 cm) (fig. 3). Là réside l’astuce : elles formeront une cloison permettant de disposer les papillons de chaque côté en les décalant. En séchant, les insectes gaufrent le papier, s’y constituant un « logement ». Une pochette contiendra 2 ou 3 Parnassius, 2 ou 3 Pieridae, 6 lycènes, etc.
4. Des feuilles intercalaires de papier blanc adaptées aux dimensions de la boîte de stockage (soit 19 x 13 cm si l’on choisit la boîte présentée en 1.).
5. Des compresses (11 x 0 x 0,5 cm ou en 19 X 13 si on en trouve) pour séparer les collectes. (fig. 4)

2. Pochette cristal de grand format : 11 cm x 6 cm (hors tout, soit 10 cm x 6 cm une fois le rebord replié) et sa cloison interne (petit rectangle de papier hygiénique 9,7 x 5,7 cm).

2. Pochette cristal de grand format : 11 cm x 6 cm (hors tout, soit 10 cm x 6 cm une fois le rebord replié) et sa cloison interne (petit rectangle de papier hygiénique 9,7 x 5,7 cm).

3. Petit rectangle de papier hygiénique de 5,7 cm x 9,7 cm à glisser dans la pochette comme cloison pour placer deux bêtes de chaque côté en les décalant. En séchant, elles gaufrent un peu le papier, ce qui les cale convenablement.

3. Petit rectangle de papier hygiénique de 5,7 cm x 9,7 cm à glisser dans la pochette comme cloison pour placer deux bêtes de chaque côté en les décalant. En séchant, elles gaufrent un peu le papier, ce qui les cale convenablement.

4. Compresses larges Monoprix à bords arrondis 11 cm x 9 cm ; épaisseur 0,5 cm

4. Compresses larges Monoprix à bords arrondis 11 cm x 9 cm ; épaisseur 0,5 cm

Après une chasse :

1. On opère un premier tri : les lycènes, les Satyrides, les Parnassius, etc. ; ce sera plus pratique pour le ramollissement ultérieur (sur les photos, les lycènes sont d’un côté et les Satyres de l’autre, il vaut mieux ranger par genre).
2. On dispose une couche de compresses dans le fond de la boîte de stockage.
3. On place les papillons dans les pochettes cristal cloisonnées comme expliqué plus haut. (fig. 5 & 6).
4. On installe ces pochettes correspondant à la première chasse de manière homogène, en les empilant simplement.
5. Sur la dernière pochette, on superpose la feuille de papier adaptée aux dimensions internes de la boîte de stockage. On aura inscrit préalablement sur cette feuille les données (lieu, altitude, date, etc.) de cette première chasse. (fig. 7)
6. Et l’on termine par quelques compresses qui supporteront la future chasse. (fig. 8)
7. En attendant cette seconde collecte, la boîte est loin d’être remplie : la garnir de coton (cardé très pratique car léger) pour que la pile de pochettes ne bringuebale pas. Après la chasse suivante, on réédite le modus operandi en veillant à maintenir le volume nécessaire de coton cardé jusqu’au couvercle de la boîte.

5. Deux papillons d'un côté

5. Deux papillons d’un côté

6. Quatre de l'autre

6. Quatre de l’autre

7. Sur les pochettes d'une chasse bien rangées, on place une feuille de papier intercalaire, ajustée aux dimensions internes de la boîte de stockage, présentant les données de la collecte (lieu, altitude, date, etc.).

7. Sur les pochettes d’une chasse bien rangées, on place une feuille de papier intercalaire, ajustée aux dimensions internes de la boîte de stockage, présentant les données de la collecte (lieu, altitude, date, etc.).

8. Les chasses sont séparées entre elles par des compresses larges Monoprix à bords arrondis 11 cm x 9 cm (épaisseur 0,5 cm)

8. Les chasses sont séparées entre elles par des compresses larges Monoprix à bords arrondis 11 cm x 9 cm (épaisseur 0,5 cm)

Ne pas oublier d’aérer la boîte : sans toucher aux “couches anciennes”, on entrouvrira la boîte le soir, après avoir rangé la chasse du jour, de manière à favoriser la dessiccation. Gare aux fourmis si l’on ne surveille pas ! Ne jamais faire sécher les pochettes au soleil : cela compliquerait voire interdirait l’étalage.

Méthode 2 : conservation de spécimens « frais » avec le chlorocrésol

Le chlorocrésol (fig. 9) est censé conserver l’état de fraîcheur des captures. Il ne faut pas recourir aux « cloisons » citées plus haut qui absorbent l’humidité de la bête. Bien qu’en conditionnement étanche, l’humidité interne du papillon ne provoquera pas des moisissures et de pourrissement grâce au produit.

9. Chloro-m-Cresol

9. Chloro-m-Cresol

Matériel à préparer avant le voyage :

1. Du chlorocrésol. Ce produit est en vente on-line chez BioQuip.  Attention ! Parce qu’il s’agit d’un produit dangereux (à manier avec précautions, voir ci-dessous), il ne peut être expédié en France (et en Europe). Il faudra l’acheter aux États-Unis.
2. Des papillotes de format triangulaire en papier cristal adaptées à la taille des spécimens.
3. Des pochettes hermétiques à fermeture Ziploc – celles de Monoprix (Albal) (20 x 17,5 utile) ont ma préférence (fig. 10). Elles sont un peu épaisses, très hermétiques, point essentiel, longtemps réutilisables et à excellent zip. Il en existe d’autres, que je ne recommande pas, plus fines, un peu moins solides, assez hermétiques et seulement quand elles sont neuves.
4. Des boîtes de stockage étanches (du même type que les précédentes).

10. La meilleure pochette plastique Ziploc (Albal) : solide et hyper étanche (20 X 18 utile), parfaite pour la méthode chlorocrésol. Chez Monoprix, en rouleaux. Épatant !

10. La meilleure pochette plastique Ziploc (Albal) : solide et hyper étanche (20 X 18 utile), parfaite pour la méthode chlorocrésol. Chez Monoprix, en rouleaux. Épatant !

Méthode sur le terrain :

1. On insère un papillon par papillote.
2. On place toutes les pochettes triangulaires d’une même chasse dans une pochette plastique étanche à fermeture ziploc dont on aura vérifié l’étanchéité.
3. Puis (opération à faire à l’air libre) : on verse, sans toucher directement le produit, 1/2 cuillère à 1 cuillère de chlorocrésol selon le nombre de captures insérées dans cette pochette ziploc (et éventuellement un numéro correspondant à la chasse en question : voir ci-dessous). On chasse l’air résiduel sans écraser le contenu avant de refermer le zip. Ne pas ajouter de feuilles d’arbre (ou autre substance ou matériau) sous prétexte de conservation “humide” : le chlorocrésol s’en charge.
4. On pourra, bien sûr, le lendemain ouvrir la pochette pour ajouter des nouvelles bêtes. Ce que je déconseille : outre la toxicité du produit, la réouverture du sachet en diminuerait l’efficacité. C’est aussi pourquoi, mieux vaut ne pas disposer les papillotes directement dans la boîte de stockage qu’il faudrait alors ouvrir trop souvent. On aura compris qu’il n’est pas question d’aérer les bêtes ainsi conservées.
5. Une fois remplie et refermée, la pochette plastique est disposée dans une boîte de stockage elle-même étanche. Moyennant ces précautions, l’utilisation du chlorocrésol est sans danger.
6. Comme dans le cas précédent (méthode n°1), les sachets sont calés dans la boîte de stockage avec des compresses larges et/ou du coton cardé.

Remarque importante : pour préserver les données (date, lieu, altitude, etc.) de collecte, on aura le choix entre deux possibilités :

– les inscrire sur chaque papillote avant de l’insérer dans la pochette étanche
– ne placer dans ce sachet hermétique que les spécimens d’une seule collecte avec une étiquette portant ces données ou présentant un n° (ou tout autre symbole) renvoyant précisément aux informations spécifiques inscrites sur un carnet.

L’observation de ce protocole évite le ramollissement avant l’étalage. L’efficacité du procédé au chlorocrésol nous a été confirmée par nos amis spécialistes des lycènes néotropicaux qui en usent régulièrement.

Les cristaux de chlorocrésol ayant été au contact des pochettes, il faut manipuler celles-ci avec des gants lors de l’étalage. Le chlorocrésol résiduel (non sublimé) est récupéré pour usage ultérieur.

7 réponses

  1. lacomme
    |

    Personnellement, j’emploie pour maintenir la souplesse des petites espèces des feuilles de laurier-cerise (Prunus laurocerasus) hachées – les jeunes pousses préférablement – auxquelles j’ajoute quelques cristaux de naphtaline ou antimite écrasée pour éviter la moisissure. Dans un petit filet placé à plat dans le fond d’une boîte plastique hermétique, les papillotes individuelles avec inscriptions écrites au crayon graphite sont empilées sans risque de casse parce que très vite souples avec leur papillon dedans. Je place souvent les petites espèces ouvertes dans les papillotes de papier cristal. Souplesse garantie jusqu’à deux mois.
    Dégagent de l’acide cyanhydrique (ou acide prussique).

  2. Jean-Marc GAYMAN
    |

    Pourquoi un petit filet (au fond de la boîte plastique) ? Pour isoler les papillotes des feuilles hachées ?

  3. Charmeux
    |

    Bien pour ramener des papillons SAUF LYCÈNES, à étaler au retour après un voyage disons d’une petite semaine, voire plus, ou pour rapporter des LYCÈNES après une virée ne dépassant pas deux jours.
    Auquel cas n’importe quelle feuille assez épaisse fait l’affaire, la reine étant la feuille de PEUPLIER (sauf jeunes feuilles qui suintent). On trouve du peuplier partout. Il ne présente pas le problème de dégagement d’acide cyanhydrique (surtout en avion par les temps qui courent).
    Ne pas mettre trop de feuilles. Je préfère placer les papillotes avec quelques feuilles de PEUPLIER dans une pochette à fermeture Ziploc, puis ladite pochette Ziploc dans une boîte hermétique. Ainsi chaque nouvelle ouverture de la boîte n’a pas d’incidence sur la conservation “humide” des premières chasses.
    Pour rapporter des lycènes à étaler frais après deux/trois jours sans risque de virage des couleurs, la méthode avec chlorocrésol me semble la plus judicieuse.
    jf

  4. Angel Keymeulen
    |

    Ma méthode pour capturer, ramener, conserver et préparer les Rhopalocères dans les meilleures conditions possibles. Je les tue un à un au flacon (cyanure de potassium ou acétate d’éthyle), sans les pincer (ce qui évite bien des déboires lors de la préparation, sans parler des bêtes qui “bougent” en collection à cause de leur musculature abimée par le pincement du thorax…). Dès que l’insecte est étourdi, je le mets dans une papillote que je stocke dans un flacon au cyanure de plus grande capacité. Après la chasse, je place les papillotes soigneusement annotées avec un coton à démaquiller saturé d’eau – sans qu’il ne suinte bien sûr – et une boule de paradichlorobenzène pour éviter les moisissures – dans de petites boites en plastiques fermant hermétiquement. Rentré à la maison, je retire le paradichlorobenzène et je mets les boites en plastique telles quelles au surgélateur. Même après un an de surgélation, la plupart des spécimens peuvent être étalés immédiatement, après quelques minutes à température ambiante. Pour une raison que je ne m’explique pas, certains spécimens ont tout de même besoin de passer quelques heures au ramollissoir avant d’être suffisamment souples pour pouvoir être étalés sans dommage. La petite piqure d’ammoniaque vient à bout des plus récalcitrants. Pour ramollir les Melanargia, il faut remplacer l’ammoniaque par de l’eau très chaude (le blanc vire au jaune citron !).

  5. Jean-Marc GAYMAN
    |

    La conservation des exemplaires fraîchement capturés au congélateur est, certes, très efficace. Seul problème : dans une savane africaine ou une forêt péruvienne, on dispose rarement d’un congélateur. D’où l’intérêt des méthodes décrites ci-dessus.

  6. Christophe BRUA
    |

    La conservation de spécimens frais au congélateur est une solution a priori séduisante et qui peut donner satisfaction. Mais la conservation très longue (mois ou années) conduit à la dessiccation par sublimation (lyophilisation). Le phénomène débute par les appendices comme les antennes, ainsi on obtient des spécimens pour lesquels on peut bouger les ailes mais aux antennes cassantes car desséchées ! Pour des antennes filiformes il est possible de les humidifier avec un pinceau imbibé d’alcool dilué.

    J’emploie aussi la technique des feuilles de laurier-cerise avec une certaine satisfaction pour la conservation de spécimens frais à étaler ultérieurement.

    Côté ramollissage, sur des petites espèces (10-30 mm env.) parfois des difficultés du fait
    – de la condensation, surtout en hiver, sur les parois de la boîte (donc spécimens restant secs),
    – de moisissures (quelques gouttes d’acétate d’éthyl dans le ramollissoir ont un bon effet fongicide)
    – de phénomène de capillarité (ailes “mouillées” : utilisation de poudre absorbante “Terres de Sommières”.

    Pour info sur le produit Chlorocrésol :

    http://ecb.jrc.ec.europa.eu/esis/
    code CAS 59-50-7

    Classement toxicologique (extrait) : Xn

    Phrases risques (extrait) :
    R21/22 : Nocif par inhalation et par contact avec la peau.
    R41 : Risque de lésions oculaires graves.
    R43 : Peut entraîner une sensibilisation par contact avec la peau.

  7. milan
    |

    Pendant combien de temps peut-on espérer garder un spécimen suffisamment frais pour l’étalage?

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