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Vanessa cardui : 2009, une année exceptionnelle !

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Vanessa cardui : 2009, une année exceptionnelle !

 

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 10 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 10 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

 

En Île de France :

Le 8 mai dernier, par temps frais et nuageux, je procède à un « relevé STERF » en lisière de la Forêt de Dreux (Commune de Rouvres) et note la présence d’un exemplaire de Cynthia (Vanessa) cardui. Le 10, par une journée un peu plus ensoleillée et plus chaude, parcourant le même « transect », je relève 5 exemplaires de la même espèce en moins d’un quart d’heure. Sur ces 5 spécimens, l’un s’avère très « frotté », les quatre autres en excellent état. Cette fréquence m’étonne : en 2008, sur le même parcours, je n’avais pas remarqué V. cardui avant le 27 juin.

Cela me conduit à rédiger quelques lignes pour l’ « Année entomologique 2009 » de Lépidoptères et à me documenter sur la migration 2009. Et de lire, sur le blog « Bio-création », ce témoignage de Michel Belloin :

« C’est pendant le dernier week-end de mai en Normandie que je fus intrigué par le vol frénétique de dizaines de papillons traversant le champ dans lequel je me tenais. Ils allaient tous dans la même direction Nord/Ouest ne prêtant aucune attention aux fleurs qu’ils survolaient. Je me mis à les compter et, en extrapolant, je réalisai qu’environ 5000 papillons avaient dû survoler ce terrain d’à peu près 500 m de long sur une seule journée, beaucoup trop pour qu’il s’agisse d’un phénomène local. »

Un mois auparavant, le 14 avril, en région Midi-Pyrénées, un internaute “lépidoptérophile” rapporte : ” J’ai observé aujourd’hui une migration ininterrompue de Vanessa cardui de 12 h environ (et peut-être avant) à 17 h (et certainement plus tard). Il passait environ 10 à 15 individus/minute (par groupes de 2 ou 3) allant tous de Sud-Est en Nord-Ouest … Tous les individus volaient très rapidement en rase-mottes mais certains (peu nombreux) s’arrêtaient pour butiner ! J’ai donc dû voir passer au moins 3000 imagos … tous étaient frottés.” (Le Monde des Insectes).

Xavier Mérit me communique (30 mai) ces données :

” Lors de ma sortie en foret de Fontainebleau, il y a quinze jours, j’ai noté environ 60 cardui à Macherin en une heure : en extrapolant 500 dans le journée. À Chanfroy, j’en ai vu au moins 100 en une heure et demi, soit environ 600 par jour. À Perthes – un véritable désert entomologique – 15 cardui en 20 min, soit encore 300 par jour. Début mai, sur l’autoroute A6 entre Paris et Palaiseau, vers 18h30 : au moins 50 cardui vues, soit encore 1000 par jour. En France, environ 75% des bêtes etaient défraichies et volaient du Sud-Est vers le Nord-Ouest. ” Le même jour (30 mai), un correspondant l’informe qu’on estime à plus de 5000 le nombre des « Vanesses du chardon » survolant la vallée de l’Andelle, en Normandie.

De fait, l’actuelle migration concerne des millions de « belles dames » en Europe occidentale. Partie du Maroc, elle était signalée (fin avril-début mai) en Camargue, via Gibraltar et l’Espagne, puis dans la région Rhône-Alpes. Fin mai (les 29 et 30), Xavier Mérit, à environ 120 km au Nord de Barcelone, comptabilise une centaine de cardui par heure dont 80 % fraîches !!!! : une nouvelle vague ?

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 10 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 10 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Dans la Confédération Helvétique :

Daniel Cherix, conservateur du Musée cantonal de zoologie de Lausanne, relate (le 15 mai 2009) que, depuis le 10 mai, de nombreux appels téléphoniques font état de densités très inhabituelles de papillons se déplaçant à grande vitesse : « certaines années, ces migrations sont confidentielles, mais cette année nous assistons à une véritable explosion avec un passage en vagues successives à travers la Suisse ».

En Suisse romande, le 12 mai à 17 h dans la région de Mex (Canton de Vaud), on signale au Musée une immense concentration d’individus volant entre 1 et 5 m au-dessus du sol en direction nord-est. D’autres informations évoquent des concentrations à Lausanne (Jardin du Musée de l’Hermitage), au centre de Prilly où un enseignant et un élève dénombrent des passages de l’ordre de 200 individus en 2 minutes, formant une « véritable marée orangée » ! Selon une habitante de Boussens (Canton de Vaud), « ces papillons ont traversé le village par centaines d’individus durant plus d’une heure mardi en fin d’après-midi. Les oiseaux semblaient perturbés car ils ne volaient quasiment pas et ne chantaient pas. On se serrait cru dans un film d’Hitchock ».

Les zones traversées par ces nymphalidae s’étendent de Morges au Gros-de-Vaud, couvrent la Broye, le Nord vaudois ainsi que le Landeron. À Genève, toujours le mardi 12 mai, vers 14h15, une internaute informe le Musée : « nous avons vu une bonne vingtaine de papillons sur notre terrasse qui est située au 9ème étage de la rue de Carouge ». Le Musée sollicite la communication des observations à l’adresse : info.zoologie@vd.ch.

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

En Belgique :

Le pays est aussi parcouru par cette vague de millions de Vanesses gagnant les pays nordiques. En témoigne Dominique Lafontaine, habitant Ramillies en Brabant wallon : « D’habitude, il y en a quelques exemplaires chaque année, mais cette année-ci, c’est vraiment exceptionnel. Il y en a des millions qui passent quotidiennement.” (info RTBF, relation du 22 mai).

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui "frottée", 31 mai 2009, Hautes-Lisières. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui “frottée”, 31 mai 2009, Hautes-Lisières. Photo : J.-M. Gayma

Au Maroc

Le témoignage de Jacques Ouvaroff

Je suis resté 18 jours au Maroc. La première semaine, je séjournais en bord de mer à Azemour (80 kilomètres au sud de Casablanca). Du 2 au 7 juin, dans les zones de cultures intensives de légumes, fruits et fourrage, il y avait des milliers de Cynthia cardui fraîchement écloses (température ambiante 20 à 25 degrés).

Du 10 au 14 juin, nous étions dans le Moyen Atlas, aux environs d’Ifrane (alt. 1800 m). Dans les prairies qui bordaient les premières forêts, il y avait aussi des milliers de Cynthia cardui vraiment très frais qui volaient avec d’autres papillons très abondants : Colias croceus FOURCROY, 1785, et Melanargia lucasi meadewaldoi ROTHSCHILD, 1917, Menalargia megala atlasica et une autre sous-espèce Melanargia syllius moghrebiana VARIN, 1951 (= M. occitanica pelagia OBERTHÜR, 1911). Dans la même prairie volaient encore Issoria lathonia LINNAEUS, 1758, Fabriciana adippe auresiana FRUHSTORFER, 1908, Gonepteryx rhamni LINNAEUS, 1758 et G. cleopatra cleopatra LINNAEUS, 1767, beaucoup de Pierides, des Euchloe, des Pontia, ainsi que des Lycaenidae. Bref, il y en avait beaucoup. ROTHSCHILD, 1917,

L’ami chez qui nous résidions à Azemour, qui est birdwatcher , m’a affirmé avoir traversé plusieurs nuages denses de Cynthia cardui fin mai sur la route de Casablanca à Rabat. Il m’a dit n’avoir pas vu autant de papillons depuis dix ans au moins

Aux Hautes-Lisières (28260)

Fin mai

Le 29 mai, malgré le vent assez violent, six à sept Vanessa cardui (à une exception, toutes fraîchement émergées) butinent un parterre de crucianella mauves du jardin. À la mi-journée, parcourant trois « transects » STERF, j’en recense 16 : la majorité vole rapidement du sud-est vers le nord-ouest au-dessus des champs.

31 mai (très beau temps, pas de vent) : 7 à 8 V. cardui, sur ces mêmes crucianella, dès 9 h du matin.

Vanessa cardui : quatre exemplaires sur crucianella, 31 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui : quatre exemplaires sur crucianella, 31 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Fin juin

La migration est passée. Ne demeurent que quelques exemplaires bien “usés”, tel celui de la photo ci-dessous, posé sur le chemin en lisière de forêt.

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, Hautes-Lisières (28260), 28 juin 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, très “frottée”, Hautes-Lisières (28260), 28 juin 2009. Photo : J.-M. Gayman

Milieu juillet

De nouveau, la “Belle dame” est très abondante. On la rencontre partout : dans le jardin, dans les prés, en forêt, sur les chemins, sur les fleurs, sur les feuillages (quand passe un gros nuage). Quasiment tous les exemplaires sont “frais”, nouvellement émergés. Cette seconde génération représente la descendance des vanesses arrivées en mai.

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, butinant des fleurs de Cirse lancéolé. Les Hautes-Lisières, 10 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, butinant des fleurs de Cirse lancéolé. Les Hautes-Lisières, 10 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Nombreuses Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Nombreuses Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

En août

Vanessa cardui demeurait très abondante dans l’Ubaye en août (exemplaires frottés ou frais), entre 1700 et 2500 mètres d’altitude.

Vanessa cardui, Super-Sauze (Ubaye, Alpes-de-Haute-Provence), le 8 août 2009, à 1700 m d'altitude. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui, Super-Sauze (Ubaye, Alpes-de-Haute-Provence), le 8 août 2009, à 1700 m d’altitude. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui, LINNAEUS, 1758 (Lépidoptères : Nymphalidae) : un grand migrateur

Rappelons quelques données bien connues :

Le papillon a une distribution mondiale, à l’exception de l’Amérique latine. L’espèce est migratrice au même titre que le Monarque (Danaus plexippus LINNAEUS, 1758), le « voyageur » le plus célèbre.

L’odyssée des Vanesses débute en Afrique du Nord. Elles gagnent le sud de l’Europe, au printemps, où elles se reproduisent. La seconde génération vole vers le nord de l’Europe, certains individus parvenant jusqu’en Suède, voire en Islande (où il n’existe aucun papillon diurne indigène).

L’espèce est ainsi plurivoltine (sans diapause, cycle biologique de 5 à 8 semaines) avec, jusqu’à la fin de l’automne, deux ou trois générations. Les derniers imagos regagneront l’Afrique. Quand les hivers sont doux, certains individus survivent en Europe. On rencontre l’espèce jusqu’à 3000 m d’altitude et elle est spécialement abondante autour des chardons. Les œufs sont pondus isolément sur « une gamme extraordinaire de familles végétales » (TOLMAN & LEWINGTON, 1999, 153), surtout chardons et cirses.

Daniel Cherix, le conservateur du Musée cantonal de zoologie de Lausanne, rappelle la migration historique de Belles-Dames de juin 1949 en Suisse. Les observateurs remarquèrent un vol continu entre Berne, Berthoud, Langenthal, Zofingue, Aarau, Lenzbourg, Zurich, Gossau, Frauenfeld et le lac de Constance ! Soit un front d’une largeur de 50 km et d’une longueur de 150 km. La vitesse moyenne de déplacement de ces papillons est de l’ordre de 25 km/heure (voire 30 km/h). Les vanesses des chardons battent des ailes entre 50 et 80 fois par seconde (contre 8 fois par seconde pour les piérides blanches, par exemple).

En France, la dernière grosse migration de cardui date de 1988 (MERIT, 1989 (1990), 256). D’autres, moins intenses, se sont déroulées en 1995 et 1999.

Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui sur Buddleia. Les Hautes-Lisières, 13 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa (Cynthia) cardui LINNAEUS, 1758, butinant une fleur de Cirse. Les Hautes-Lisières, 12 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa (Cynthia) cardui LINNAEUS, 1758, butinant une fleur de Cirse. Les Hautes-Lisières, 12 juillet 2009. Photo : J.-M. Gayman

Notre site internet, www.lepido-france.fr, sollicite les témoignages d’observateurs en France et ailleurs : merci aux contributeurs !

Références :

MERIT, Xavier C., Migration de Cynthia cardui dans le Var en 1988 (Lepidoptera, Nymphalidae), Alexanor, 1989 (1990), 16 (4), 256.

TOLMAN, T. & LEWINGTON, R., Guide des Papillons d’Europe et d’Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, Lausanne, 1999, 320 p.

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, et Callophrys rubi LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

Vanessa cardui LINNAEUS, 1758, et Callophrys rubi LINNAEUS, 1758. Les Hautes-Lisières (28), 29 mai 2009. Photo : J.-M. Gayman

7 réponses

  1. Francis Dumont
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    Sur Vanessa cardui, je peux confirmer l’abondance inhabituelle de cette espèce dans ma petite région, qu’on nomme la Xaintrie, cette année. Voilà plus d’un mois que passent des cardui dans mon jardin et partout dans le pays, ce qui est vraiment étonnant, tant par leur nombre (j’en vois chaque fois que le soleil sort) que par la date qui est vraiment précoce.
    Il faut cependant remarquer que TOUS les exemplaires que j’ai vu jusqu’à ce jour sont frottés, voire complètement délavés. Auncun doute possible : ils ne sont pas jeunes et ont déjà beaucoup d’heures de vol ! Cette migration printanière permet de supposer que l’espèce montera très haut cette année, sans doute jusqu’au cercle polaire. L’avenir nous le dira (sauf si les parasites s’en mêlent !!!!!)

    Amitiés, FRANCIS.

  2. C.-H. Germa
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    Dans la semaine du 18 Mai 2009 , j’ai été témoin de la présence de nombreuses Vanessa cardui non frottées dans mon pré en Bretagne à Le Tour du Parc 56370 site à moins d’un km de la mer et mais également dans les environs ainsi sur la presqu’ile de Penvins. Je n’ai pas vu le flot de la migration tel que constaté par ailleurs.

  3. LAMBERT Claude
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    J’ai moi aussi des informations analogues :
    Tout d’abord notre collègue DENIZE de Châlons en Champagne a observé dans cette ville un grand nombre de V. cardui allant vers le Nord le 18 mai.

    Pour ma part, j’en ai vu de grandes quantités se dirigeant aussi vers le Nord et traversant la route D104 allant de Loriol à Crest (Drôme) le 22 mai ; la chaussée était parsemée sur des km d’exemplaires écrasés…

    Lors de mon séjour dans le Diois du 22 au 28 mai ce papillon était partout l’espèce la plus commune ; certains exemplaires étaient très usés, d’autres assez frais ; il y avait beaucoup d’exemplaires de petite taille.

  4. PALLET Vincent
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    J’ai lu les commentaires, et constate que les dates de migrations intensives coïncident avec les années où nous avons subi les plus fortes tempêtes.

  5. BERNARD
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    Bonjour,
    J’ai fait connaissance avec votre site il n’y a pas longtemps, dommage car j’ai fait aussi le suivi de la grande migration des Belles-dames 2009 depuis le 14 avril à Marignane, ce qui me semble être le premier flux observé en provence…
    Je n’ai eu qu’une observation hors de france.
    Aussi, serais-je intéressé par l’observation de M. Ouvaroff au Maroc et vous demande l’autorisation de la reproduire sur la rubrique correspondante sur mon site.
    Voir : rubrique “papillons” – “belle-dame” 1 et 2.
    Ces pages de mon site resteront en place définitivement.
    Je vous remercie
    Cordialement

  6. BERNARD
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    Bonjour,
    En complément de vos observations de la migration des belles-dames 2009, vous pouvez trouver sur mon site (http://www.laplanetedesinsectes.net/index.htm) les observations réalisées en France et à l’étranger par des amateurs et ainsi qu’une rétrospective de 3 pages sur ce papillon. Rubrique “papillons”.
    Cordialement

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